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	<title> &#187; Concours 2008</title>
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		<title>Les Lauréat-e-s 2008</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Oct 2009 01:54:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Concours 2008]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Écrire Sans Frontières, concours 2008 a eu pour thématique Pacifique ou passif ?. Le concours a été lancé en janvier 2008 sous le haut patronage de GAO Xingjian, prix Nobel de littérature. Les prix ont été remis le 29 septembre 2008 à la librairie l&#8217;Autre Rive, avenue Etienne Billières à Toulouse.
Le premier prix a été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #193353; font-family: Arial; font-size: 12px;"><strong>Écrire Sans Frontières, concours 2008</strong><span> </span>a eu pour thématique<span> </span><em>Pacifique ou passif ?</em>. Le concours a été lancé en janvier 2008 sous le haut patronage de GAO Xingjian, prix Nobel de littérature. Les prix ont été remis le 29 septembre 2008 à la librairie l&#8217;Autre Rive, avenue Etienne Billières à Toulouse.<br />
Le premier prix a été remis à Frédéric Darolles pour<span> </span><em>Mataville</em><span> </span>; le second prix a été remis à Rolland Millau pour<span> </span><em>Repose en paix</em><span> </span>et le troisième prix a été remis à Véronique Debon pour<em>Sandrine</em>. Une mention spéciale a été décernée à Samy Dada pour<span> </span><em>de retour</em>.</span></p>
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		<title>Lauréat 2008 lire le 1er prix : Mataville</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 01:59:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pour vous servir</dc:creator>
				<category><![CDATA[Concours 2008]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 21 Avril 2002
Ce matin, le soleil s’est levé, comme tous les matins, mais avec un peu plus de difficulté à s’arracher des barbelés qui s’étalent le long du mur immense qu’ils ont construit devant chez nous ! Tous les jours le soleil peine à franchir ce cap et à venir nous réchauffer comme avant. Je le regrette, mais je n’ai rien fait pour que ce mur n’existe pas. Aujourd’hui je suis peiné, meurtri aussi au plus profond de mon âme. Je n’arrive pas à comprendre la dureté des hommes, cette volonté qui les anime à vouloir toujours davantage engendrer le mal, la haine ou faire rougir de honte leurs prochains...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Le 21 Avril 2002<br />
Ce matin, le soleil s’est levé, comme tous les matins, mais avec un peu plus de difficulté à s’arracher des barbelés qui s’étalent le long du mur immense qu’ils ont construit devant chez nous ! Tous les jours le soleil peine à franchir ce cap et à venir nous réchauffer comme avant. Je le regrette, mais je n’ai rien fait pour que ce mur n’existe pas. Aujourd’hui je suis peiné, meurtri aussi au plus profond de mon âme. Je n’arrive pas à comprendre la dureté des hommes, cette volonté qui les anime à vouloir toujours davantage engendrer le mal, la haine ou faire rougir de honte leurs prochains.</span></span></p>
<p><a id="more-143"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Serait-ce par goût accentué du pouvoir, pour dominer encore plus un monde qui, de toutes façons, leur échappera un jour ou l’autre, qu’ils s’acharnent ainsi sur nous ? . Je n’arrive pas à comprendre. Je ne peux plus bouger, manifester, crier mon envie de liberté et je ne veux plus agir non plus. Ma seule façon d’agir est de patienter, en espérant que quelqu’un d’autre se mobilise à ma place. Je ne sais pas si j’ai raison, mais je me suis tellement battu, qu’aujourd’hui je n’en puis plus ! Au fond de mes viscères la paix se plaint de tant de chahut autour d’elle ! Sa vie devient impossible, et improbable, et plus je vois ce mur séparer des frères et des sœurs ,des amoureux, des êtres humains, et plus je me demande comment nous allons pouvoir construire une entente réelle entre les individus sur ce bout de terre qui nous a déjà apporté beaucoup de déconvenues. Mon olivier ne voit plus le jour, ni le soleil, il ne peut plus pousser, les olives seront chétives cette année, et l’huile aura un goût de rance. Notre amour s’étiolera de même…mais personne ne s’en apercevra. Quelle idée d’avoir voulu déménager Rue de l’Armistice, nous étions si bien Avenue du Temps Jadis !! Qu’il était doux le temps où nous n’avions que la rue à traverser pour nous aimer ? Aujourd’hui je ne peux même plus passer de l’autre côté de la ruelle, tu sais ? celle où le chat musardait les jours de grandes chaleurs, les jours où ces chiens tuaient le temps ailleurs…mais je m’organise. J’ai toujours milité pour la paix, je ne vais pas maintenant me révolter, bien que le jeu en vaille la chandelle.<span> </span><br />
Bien à toi, et au plaisir de te lire bientôt. Ton homme, ton amour</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mataville Est<br />
Le 1 Mai 2002</p>
<p style="text-align: justify;">Ici c’est lorsque le soleil se couche qu’on ne le voit plus ramper sur les toits rouges des maisons, comme lorsqu’il s’alanguissait, doux comme un drap de tulle, et qu’il glissait sur l’eau limpide et claire de la rivière. J’en ai presque oublié ses couleurs, où le rouge dominait, lorsqu’il venait mourir sur les livres de la bibliothèque du salon. Je ne sais plus pourquoi j’ai voulu déménager…. Ainsi va la vie. Je ne pouvais pas prévoir. Même si les prémices de la répression se sont faits de plus en plus pressant ces derniers temps. Je n’osais pas y croire.<br />
Ce mur s’est construit si vite, que nous n’avons pas pu intervenir. Longtemps nous avons milité pour la paix toi et moi, nous étions si nombreux, lorsque la vie se déroulait normalement. Que s’est-il passé ? Et le monde qui nous regarde, et qui ne bouge pas ! Qui sont ces observateurs endormis aux bras de leur nation, de leur bourse, de leur commerce extérieur et de leur commission aux affaires étrangères. Sommes-nous si étrangers qu’ils ne veulent pas nous voir ? Ou pensent-ils vraiment que ce monde serait mieux coupé en deux par un mur de béton ? Il faut résister, c’est déjà une force qui nous permet de tracer un mince chemin vers la paix ! Mais résister passivement est compliqué. D’un autre côté, nous ne pouvons pas prendre les armes et combattre l’ennemi, nos frères, nos enfants, nos amants ! Ce serait aller à l’encontre des objectifs de paix que nous nous sommes fixés ! Si nous avions su anticiper sur ce qui nous arrive aujourd’hui ! Il est trop tard. Chaque fois qu’un air de liberté flotte sur nous ce n’est que pour nous rappeler que l’oppression se fait plus forte encore. Petit à petit l’intolérance, la haine et la fureur ont traversé les esprits des hommes au pouvoir, inhibant toute notre volonté d’opposition ! C’est en temps de paix qu’il faut militer pour la paix, ! Parler aux gens, apprendre aux enfants, s’investir dans toutes les couches de la société pour faire un travail de sape, en profondeur. Etre toujours plus tolérant, envers les autres et respecter les idées des autres ! Vois-tu, ils ont attendu que le pays aille mal pour renforcer les peurs du peuple par des réformes répressives et antidémocratiques. Qu’il va être dur d’enrayer le mouvement !<br />
Pour l’instant, nous vivons dans la caravane, ils ont brûlé la maison. Ils ont dit que « les gitans ça vivait dans les caravanes. Je ne peux plus entendre des choses pareilles.<br />
Je t’aime…. Mais jusqu’à quand !!!<span> </span></p>
<p style="text-align: justify;">Mataville<br />
Le 21 Juin 2002</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà deux mois que j’ai envoyé ma première lettre…. C’est si long de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. On a bien fait d’en profiter. Je vois que tu as toujours la foi en tes idées, je t’admire ! Je suis déçu par la barbarie humaine. C’est un sentiment d’incompréhension qui me taraude chaque jour davantage. Comment un homme peut-il remettre en question la vie des autres à un moment donné de son existence ? Est-il en guerre avec lui-même pour<span> </span><br />
s’octroyer le droit de nous empêcher de vivre à notre guise, dans un espace libre, où il n’a qu’un droit que lui-même s’est créé ! Comment peut-il reproduire ce que d’autres ont commis<span> </span><br />
à l’encontre de ses parents ou de ses ancêtres ? Y aurait-il un brin de perversité à ne pas accepter une culture, des idées et même une couleur de peau différentes, que celles que nous avons intégrées dans l’acceptation de nous-mêmes ? Nous sommes ce que nous sommes, parce que nous avons grandi ainsi, par la force des choses ! Nous aurions pu être autre chose voire quelqu’un d’autre. Aurions-nous été, pour autant, des tortionnaires ?<span> </span><br />
Parfois je m’approche du mur, et sur le béton chaud, il me semble entendre ta guitare. Un swing venu de l’autre bout, d’on ne sait où exactement, à moins qu’il ne vienne de mes pensées profondes ! Si tu en as le droit, prend ta guitare, et même s’il te semble que les cordes sont faites de barbelés, joue, exprime ta colère, résiste avec ta musique…je suis sûr que je t’entendrai, au moins une dernière fois !<br />
J’aurais voulu croire à la paix perpétuelle, il n’en est rien.<span> </span></p>
<p style="text-align: justify;">Mataville Est<br />
Juin 2003</p>
<p style="text-align: justify;">Un an déjà ! Ta lettre ne m’est parvenue que depuis une quinzaine. La vie sans toi s’organise…j’ai cassé ma guitare, mais au fond de moi je joue presque tous les soirs pour te<br />
plaire. Peut-être m’entends-tu ? La lune s’effiloche sur les barbelés, et toutes les nuits une goutte de sang du monde glisse le long du mur, jusqu’à en percer les entrailles. Dans quelques jours le trou laissé par la haine sera béant et là, je te rejoindrai !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #193353; font-family: Arial; font-size: 12px;">Frédéric Darolles</span></p>
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		<title>Les Lauréat 2008 lire le 2ème prix : Repose en paix</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 01:02:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pour vous servir</dc:creator>
				<category><![CDATA[Concours 2008]]></category>

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		<description><![CDATA[Hier soir encore, j’étais ce mauvais garçon traînant en ville, mains dans les poches. Jusqu’à ce qu’un vieil homme qui me ressemble vienne à ma rencontre. C’est mon grand-père. Il m’a emporté avec lui comme un griffon garde un trésor, dans les hautes montagnes où il niche. C’est là où j’ai vécu heureux, enfant, avant, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Hier soir encore, j’étais ce mauvais garçon traînant en ville, mains dans les poches. Jusqu’à ce qu’un vieil homme qui me ressemble vienne à ma rencontre. C’est mon grand-père. Il m’a emporté avec lui comme un griffon garde un trésor, dans les hautes montagnes où il niche. C’est là où j’ai vécu heureux, enfant, avant, je me souviens, c’était il y a sept ans.<br />
Je me revois ce matin-là, tout seul courant me perdre dans la forêt de châtaigniers qui jouxte la clairière :<br />
Il neige, le soleil ne va pas m’éblouir aujourd’hui, le ciel est trop froid. À l’abri dans la grange isolée, je prépare mon matériel de pêche : une canne verte en bambou, un fil solide, un bouchon rouge, trois petits plombs et un hameçon tout neuf. Les vers de terre, je les ai piqués dans la ferme du voisin. Le long du chemin sinueux parsemé d’arbres qui me sépare de la rivière, le cœur battant au-devant de l’aube, je me mets à rêver.</span></span></p>
<p><a id="more-149"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Je laisse mes pas dans la neige jusqu’au courant d’eau. Dans ce coin, le fond paraît plus sombre, les poissons doivent s’y sentir protégés. Je balance ma ligne, tout excité, on va se battre, c’est la guerre. Malins, ils ne se jettent pas sur mon bouchon, mais s’amusent à le faire un peu bouger en donnant des coups de tête. Ils m’embêtent.<span> </span><br />
Miracle ! Le bouchon s’enfonce. Il coule et part du côté opposé. D’un coup sec, je ferre, le poisson se tortille, je tire de toutes mes forces, une magnifique truite arc-en-ciel apparaît. Réjoui, je regarde ma proie : Elle a l’œil frétillant, la robe aussi brillante que les reflets de la rivière. Je la décroche, elle sursaute dans la neige, la gueule en sang.<span> </span><br />
Enfin, j’y suis, je suis un homme ! Moi, petit Arthur, je suis comme les autres, les plus grands, ceux qui sont des hommes, des vrais. J’ai neuf ans et aujourd’hui je suis grand.<br />
Alors la truite, finis de manger les petits poissons de passage, tu ne feras plus de remous. J’irai mettre tes arêtes en terre, tu nourriras les asticots, toi qui les croquais. Tu ne feras plus de mal à une mouche !<span> </span><br />
Je suis le grand Lancelot, le nettoyeur des squatters de rivière, le sauveur des vers. Un poète quoi !<span> </span><br />
Je relance. Plus rien ne bouge. Le vent glacé m’écorche les joues.<span> </span><br />
Le bouchon reste inerte.<span> </span><br />
Grand-père m’a dit que la truite vivait solitaire sur son territoire ; et si tu étais la dernière ?<span> </span><br />
Maintenant que tu n’es plus là, qui me fera rêver quand je repasserai par ici ? Personne.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’ai-je fais ?<br />
Une auréole de sang entoure ta tête, ta peau un peu sèche a perdu de son éclat. Je regrette. Je ne peux plus te remettre à l’eau.<br />
Pas grave.<span> </span><br />
Je t’ai bien eu la truite ! Tu ne t’y attendais pas à mon petit crochet bien travaillé, bien courbé, acéré et si fin que tu n’as pas dû le sentir te pénétrer, te transpercer jusqu’à ce que l’on se retrouve les yeux dans les yeux. Ils me l’avaient dit, là-bas les grands : Tu seras plus fort que cette foutue bestiole, elle est moins intelligente que nous ! C’est vrai, tu as l’air si inoffensif petit poisson. Tu vois, je t’ai eu jusqu’à la dernière écaille. Tu t’es bien défendu, mais je t’ai fait goûter de mon hameçon. Il était bon, non ?<br />
Ne me jette pas un regard si bête, comme si tu me reprochais de t’avoir tué. Je voulais le faire, je devais le faire. Tu comprends, non. Avec un point à la ligne !<br />
Regarde-moi quand je te parle ! Maintenant je suis un grand. Il fallait que je devienne un homme, et c’est tombé sur toi.<span> </span><br />
Pourquoi toi ? Mystère et boule de gomme. Hier on se serait seulement croisé … On vivait bien en paix tous les deux depuis longtemps à s’observer du coin de l’œil.<span> </span><br />
Viens, on repart, je t’amène chez moi, chez les grands, chez ceux qui savent vivre et pêcher. Ils vont être contents de moi. Un poisson ! Tout beau, tout gros et pris tout seul. Je travaille sans filet maintenant comme les grands.<br />
Tu ne dis plus rien, on dirait que tu pleures. Ça doit être la neige dans les yeux, depuis le temps que je te traîne dessus. Laisse-moi, aujourd’hui je suis un homme, j’ai tué tout seul !<span> </span><br />
Tiens, c’est moi qui pleure ? Non, juste quelques flocons qui tombent à nouveau.<br />
Pourquoi tu as laissé ton empreinte sur cette neige si blanche ? Tu as vu ce que tu as fait ? Tu mets du sang partout. Tu as tout sali. De longues lignes rouges. Tu crois que je vais regretter ? Regarde, elles disparaissent. Tout redevient blanc.<span> </span><br />
Sept ans plus tard, je suis de retour&#8230; Au loin, les mêmes montagnes, de loin les mêmes arbres. On dirait que rien n’a changé … Et pourtant, pourtant il y a eu la guerre.<br />
Je m’approche de la « scène de mon premier crime », celui où j’ai sacrifié cette malheureuse truite. Sur place, les arbres ne sont plus que des squelettes. Aucun bruit… Pas un seul rouge-gorge sur les branches immobiles. Nuages de plomb. Silence maître. Rivière vide.<span> </span><br />
Que sont mes poissons devenus ?<span> </span><br />
L’eau est plus trouble, les mauvaises herbes ont tout envahi et étouffé les berges.<br />
Un petit barrage s’est formé, s’y coincent des bouteilles, des sacs en plastique, des boîtes de conserve, de vieux pneus, des machines à laver dont les tambours ont fini de résonner.<br />
Un vieux panneau dérisoire signale : « Baignade interdite » au cas où…<br />
Les ronces recouvriront bientôt ta pierre tombale et l’on oubliera vite ton nom ma rivière. Où es-tu ? Est-ce toi ce léger filet d’eau puante qui passe à travers les mailles de cette déchetterie? L’apocalypse écologique a frappé.<br />
Qu’ai-je fais ?<br />
Pendant que l’on s’entretuait autour de moi, je regardais. J’ai vu des corps brûlés, atteints d’une balle, d’autres écrasés sous les gravats des immeubles. Je ne sais toujours pas ce qu’ils se voulaient, pourquoi ils se tiraient dessus d’un trottoir à l’autre. Pourquoi ils sont venus un matin tous ces hommes habillés de marron et de noir me prendre mes parents. Et pourquoi ceux aux combinaisons grises m’ont emporté loin d’eux. Pour me protéger, ils m’ont dit. Et puis, ils m’ont laissé là un peu plus loin, dans un autre quartier.<br />
On était mieux qu’à l’école. Que des enfants, pas de profs, pas de devoirs à faire. Rien qu’à chercher des habits, de quoi bouffer et revenir dans notre hangar déserté.<span> </span><br />
Qu’ils soient en gris, en marron, ou même en bleu les soldats passaient tous avec des fusils. Nous on se cachait. Aller vers qui ? Si quelques-uns d’entre nous ne rentraient pas, on savait bien pourquoi, mais l’on n’y pouvait rien.<span> </span><br />
Moi je voulais la paix. Je marchais, je marchais, comme un arbre Gandhi, ma révolte a grandi, seul sur les pavés, enraciné à mes rêves.<br />
Grand-père avait raison, on est plus intelligent que les poissons. Chez nous les hommes, les grands, on se tue par millions en l’espace de quelques mois, on est bien plus doués pour les meurtres, les massacres, tortures, bombes en séries, familles anéanties, pays rasés, races exterminées, destructions massives, sans vraiment savoir pourquoi. C’est peut-être dans notre nature. On s’acharne même sur les plus faibles avec une espèce de fierté dégueulasse.<br />
Et tout ça, pour dire au bout du compte : C’est bon, on fait la paix, on se repose un peu maintenant… Mais, faut pas s’y fier.<span> </span><br />
Qu’ai-je fais ?<br />
Ce n’est pas moi qui ai lancé les essaims de bombes chimiques éclatés en mille petits morceaux.<br />
Ce n’est pas moi qui ai brûlé les arbres dressés en quête d’une paix céleste.<span> </span><br />
Et c’est de ces cieux que les flammes de l’enfer sont descendues sur terre.<br />
Ce n’est pas moi qui ai assombri les villes et rasé les forêts.<br />
Ce n’est pas moi qui ai tué toute vie.<br />
C’est seulement moi qui ai pêché le seul poisson qui aurait peut-être survécu…<br />
À présent, je traîne toujours, mains dans les poches, mais le décor a changé. Tout a une gueule d’atmosphère ! Qui a changé la lumière ?<br />
Le ciel semble se voûter sous le poids des étoiles tel un Courbet à l’origine du monde, il laisse à peine entrevoir notre « Miss-terre » à la lueur de son croissant de lune pâle et doux.<br />
Dans l’océan, mes yeux sont noyés de larmes pacifiques. J’ai plongé dans l’eau de l’imaginaire. Tout a une gueule d’atmosphère !<br />
Mon âme comme le « o » bleu de Rimbaud tourne autour de la terre.<span> </span><br />
Mélancolie, mélancolie, sous mes veines malades coule un sang éclatant de violence.<br />
Corps ballant, poches percées, mains harponnées au vent, j’observe, j’entends.<br />
J’entends battre et débattre, mais suis devenu sourd. Étranger à l’absurde du réel, au vol des vautours, à leur tonnerre de grêle.<br />
Enfant, j’ai jeté sur la neige une truite noire. Noire et rouge de vie.<span> </span><br />
Qu’elle repose en paix !</p>
<p style="text-align: justify;">Rolland MILLAU</p>
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		<title>Les Lauréats 2008 lire le 3ème prix : Sandrine</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 00:10:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pour vous servir</dc:creator>
				<category><![CDATA[Concours 2008]]></category>

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		<description><![CDATA[Rien d&#8217;exceptionnel dans ce jeudi 13 avril 1961 qui vit la naissance de Sandrine. Rien d&#8217;extraordinaire : elle n&#8217;était pas la première &#8211; Jacques et Adeline avaient déjà eu deux garçons et une fille &#8211; elle ne serait pas la dernière &#8211; la petite Juliette la suivrait de trois ans.
Son enfance fut, par suite, toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Rien d&#8217;exceptionnel dans ce jeudi 13 avril 1961 qui vit la naissance de Sandrine. Rien d&#8217;extraordinaire : elle n&#8217;était pas la première &#8211; Jacques et Adeline avaient déjà eu deux garçons et une fille &#8211; elle ne serait pas la dernière &#8211; la petite Juliette la suivrait de trois ans.<br />
Son enfance fut, par suite, toute banale : une petite de la campagne qui pousse au grè des saisons, de cache-cache en parties de pêche, de collection d&#8217;images en secrets d&#8217;adolescente&#8230;<br />
Ses parents laissaient grandir les enfants comme ils élevaient leurs vaches : les questions n&#8217;étaient pas de mise, pour Jacques surtout&#8230; Adeline le secondait, en bonne épouse, et arrondissait les angles : quand les aspirations des gamins risquaient de perturber le père, elle raisonnait, argumentait, menaçait au besoin, afin que sa progéniture revienne à des attitudes plus conformes. Bien sûr, ça ne fonctionnait pas toujours et il y eut bien des cris et des pleurs quand l&#8217;aîné refusa, d&#8217;abord, de se couper les cheveux, puis de faire son service, pour, finalement, partir en Inde avec un quatuor d&#8217;amis pouilleux&#8230; tandis que la troisième ne trouvait rien de mieux que de tomber enceinte.</span></span></p>
<p><a id="more-154"></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial; font-size: 12px;"><span style="font-size: 12px;">Jacques et Adeline avaient toujours laissé grande liberté à leurs enfants, bien convaincus qu&#8217;ils ne pourraient choisir d&#8217;autre voie que celle qu&#8217;ils savaient eux-même être la bonne. Ils étaient donc, en toute bonne foi, choqués par l&#8217;attitude inconsciente de leurs rejetons.<span> </span><br />
Certes, le deuxième suivait sans encombre des études de droit on ne peut plus rassurantes ; mais ils étaient inquiets pour Juliette, qui montrait des prédispositions à la rébellion alors qu&#8217;elle n&#8217;avait pas douze ans&#8230; Juliette, la petite dernière, la petite merveille&#8230;<span> </span><br />
Il apparut à Sandrine qu&#8217;on attendait d&#8217;elle une attention constante pour cette soeur rétive, et elle finit par trouver normal que ses désirs fussent relégués au second plan : il y a des priorités dans la vie, et, si elle voulait aller étudier les arts plastiques dans un lycée éloigné, il était patent que la nécessité de sa présence auprès de la petite chipie l&#8217;en empêchait.<br />
Aussi, quand, son bac en poche, elle envisagea de partir une année à l&#8217;étranger, n&#8217;insista-t-elle pas face à une Adeline préoccupée tant par les premiers pétards fumés par Juliette que par la réaction de son mari s&#8217;il venait à l&#8217;apprendre. A quoi servirait-il de se battre, alors que le veto parental était inéluctable ?</span></span></p>
<p style="text-align: justify;">Une fac de lettres classiques, consensuelle à souhait, lui permit de s&#8217;évader d&#8217;un foyer où elle se devait tant de rassurer ses parents que de canaliser les frasques de son adolescente de sœur.<br />
Elle s&#8217;y fit de nombreux amis, qui prisaient la compagnie de cette jeune femme jolie, intelligente et serviable. Elle restait pourtant en retrait, préférant écouter qu&#8217;entrer en polémique : elle ne se sentait pas le droit d&#8217;exprimer, sans qu&#8217;on l&#8217;y invitât, ses idées, qui, pour être intéressantes, n&#8217;en étaient pas pour autant primordiales&#8230; Mais elle était là, toujours, attentive au moindre besoin, se souvenant in entremis du rôti oublié dans le four, prêtant quelques dizaines de francs à un ami désargenté, ou son lit à un couple illégitime&#8230;<span> </span></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est lors d&#8217;un séjour dans sa famille qu&#8217;elle rencontra l&#8217;Amour : Frédéric la séduisit en lui bandant une cheville foulée. Charmant beau brun de dix ans son aîné, il faisait son internat dans l&#8217;hôpital qui l&#8217;avait vue naître quelques vingt ans plus tôt.<br />
Ce fut une métamorphose : Sandrine survolait les soirées sans plus remarquer les verres vides, oubliait les anniversaires des uns, les problèmes des autres, et, plus surprenant encore au regard de ses amis, elle languissait de retourner, chaque fin de semaine, dans son ennuyeuse campagne.<br />
Frédéric était un amoureux rêvé , la couvrant de baisers autant que de cadeaux à chacune de leurs rencontres, l&#8217;invitant dans des restaurants huppés, l&#8217;emmenant en week-end à Venise, en vacances à Londres&#8230;<br />
Forcément, la médaille avait un revers : il n&#8217;appréciait pas ses copains de faculté, un ramassis de chevelus fainéants sans plus de sens des réalités que de classe. Qu&#8217;importe ! Sandrine était aimée d&#8217;un homme extraordinaire, elle n&#8217;allait pas se chamailler avec lui pour des problèmes somme toute secondaires&#8230; et évita désormais ses camarades.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années passèrent. Il finit son doctorat, elle devint professeur de lettres. Ils se marièrent. Sandrine était heureuse autant que peut l&#8217;être une femme à laquelle il importe plus d&#8217;agréer à son mari que de satisfaire ses propres désirs. Elle y pensait parfois et se trouvait une ressemblance avec sa mère, toujours si prompte à contenter son homme. Mais, elle aimait Frédéric et, s&#8217;il n&#8217;appréciait pas plus ses collègues du moment que ses amis d&#8217;alors, elle ne polémiquait pas pour autant : pourquoi se disputer alors que, après tout, tous ces profs n&#8217;étaient pas si intéressants que ça.<br />
Une chose la chagrinait pourtant : elle aurait voulu des enfants et lui y était farouchement opposé.<br />
Quand elle tomba enceinte, et ce malgré le soin quasi-religieux qu&#8217;elle mettait à prendre sa pilule à heure régulière, elle ne su jamais si c&#8217;était la peur de la colère de son mari ou la force de son désir d&#8217;enfant qui lui fit attendre cinq mois avant de le lui annoncer. Trop tard pour avorter en France, trop dangereux pour le faire à l&#8217;étranger&#8230;<span> </span><br />
Elle s&#8217;attendait à ce que Frédéric réagît mal. Mais elle ne s&#8217;attendait pas à ça : elle cru faire une fausse couche tant les coups furent violents.<br />
Il n&#8217;en parla pas. Elle non plus, pas plus à lui qu&#8217;à une quelconque connaissance.<br />
La vie continua. L&#8217;enfant naquit sous le regard indifférent de son père. Il réclama sa première tétée dans le même climat : c&#8217;est sur Sandrine que plurent les coups. Ses premières dents, sa première bronchiolite, sa première journée d\&#8217;école émurent tout autant Frédéric : Sandrine trinqua.<br />
Les amis et la famille imputèrent l&#8217;effacement du père à l&#8217;amour fusionnel de la mère. Tous plaignaient Frédéric, que sa femme rejetait, reportant toute son attention sur son fils&#8230;<span> </span><br />
L&#8217;enfant grandit, nourri de l&#8217;amour de sa mère et en dépit de la tension insoutenable au sein du couple. Il grandit malgré le dédain de son père. Il grandit face au spectacle lamentable des coups quotidien infligés à sa mère par un géniteur qu&#8217;il apprit à haïr.<br />
Il grandit tant et si bien, et sa hargne avec, qu&#8217;un jour, n&#8217;en pouvant plus de voir souffrir en un silence conciliant celle qui lui avait donné la vie qu&#8217;il s&#8217;attaqua au bourreau. Et Frédéric le frappa. Il osa toucher au petit joyau de Sandrine, il leva sa sale patte sur le fils chéri&#8230;<br />
Elle ne le supporta pas, et, d&#8217;un coup de couteau de cuisine, lui trancha la gorge.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, quand Jérémie rend visite à sa mère, elle croit retrouver dans son regard cet éclair de douleur qui animait les yeux de Frédéric au moment où sa poigne allait s&#8217;abattre ; et, en rentrant dans sa cellule, elle ne peut s&#8217;empêcher de se demander à quoi ressemble la vie d&#8217;une bru qu&#8217;elle ne connaît pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Véronique DEBON</p>
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