“Écrire, c'est donner forme à ce qui nous habite, à l'espace du dedans. Pour cela, il faut faire silence, pour revenir à l'origine de l'être parlant. C'est dans ce silence que des paroles peuvent authentiquement s'articuler, qu'on peut écouter ses voix intérieures et les faire advenir dans l'écriture.”
 M. Kuhlman

29 oct 2009

Les Lauréat-e-s 2008

Category: Concours 2008christophe @ 2 h 54 min

Écrire Sans Frontières, concours 2008 a eu pour thématique Pacifique ou passif ?.  Les prix ont été remis le 29 septembre 2008 à la librairie l’Autre Rive, avenue Etienne Billières à Toulouse.
Le premier prix a été remis à Frédéric Darolles pour Mataville ; le second prix a été remis à Rolland Millau pour Repose en paix et le troisième prix a été remis à Véronique Debon pourSandrine. Une mention spéciale a été décernée à Samy Dada pour de retour.


01 oct 2009

Lauréat 2008 lire le 1er prix : Mataville

Category: Concours 2008Pour vous servir @ 2 h 59 min

Le 21 Avril 2002
Ce matin, le soleil s’est levé, comme tous les matins, mais avec un peu plus de difficulté à s’arracher des barbelés qui s’étalent le long du mur immense qu’ils ont construit devant chez nous ! Tous les jours le soleil peine à franchir ce cap et à venir nous réchauffer comme avant. Je le regrette, mais je n’ai rien fait pour que ce mur n’existe pas. Aujourd’hui je suis peiné, meurtri aussi au plus profond de mon âme. Je n’arrive pas à comprendre la dureté des hommes, cette volonté qui les anime à vouloir toujours davantage engendrer le mal, la haine ou faire rougir de honte leurs prochains.

Serait-ce par goût accentué du pouvoir, pour dominer encore plus un monde qui, de toutes façons, leur échappera un jour ou l’autre, qu’ils s’acharnent ainsi sur nous ? . Je n’arrive pas à comprendre. Je ne peux plus bouger, manifester, crier mon envie de liberté et je ne veux plus agir non plus. Ma seule façon d’agir est de patienter, en espérant que quelqu’un d’autre se mobilise à ma place. Je ne sais pas si j’ai raison, mais je me suis tellement battu, qu’aujourd’hui je n’en puis plus ! Au fond de mes viscères la paix se plaint de tant de chahut autour d’elle ! Sa vie devient impossible, et improbable, et plus je vois ce mur séparer des frères et des sœurs ,des amoureux, des êtres humains, et plus je me demande comment nous allons pouvoir construire une entente réelle entre les individus sur ce bout de terre qui nous a déjà apporté beaucoup de déconvenues. Mon olivier ne voit plus le jour, ni le soleil, il ne peut plus pousser, les olives seront chétives cette année, et l’huile aura un goût de rance. Notre amour s’étiolera de même…mais personne ne s’en apercevra. Quelle idée d’avoir voulu déménager Rue de l’Armistice, nous étions si bien Avenue du Temps Jadis !! Qu’il était doux le temps où nous n’avions que la rue à traverser pour nous aimer ? Aujourd’hui je ne peux même plus passer de l’autre côté de la ruelle, tu sais ? celle où le chat musardait les jours de grandes chaleurs, les jours où ces chiens tuaient le temps ailleurs…mais je m’organise. J’ai toujours milité pour la paix, je ne vais pas maintenant me révolter, bien que le jeu en vaille la chandelle.
Bien à toi, et au plaisir de te lire bientôt. Ton homme, ton amour

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01 oct 2009

Les Lauréat 2008 lire le 2ème prix : Repose en paix

Category: Concours 2008Pour vous servir @ 2 h 02 min

Hier soir encore, j’étais ce mauvais garçon traînant en ville, mains dans les poches. Jusqu’à ce qu’un vieil homme qui me ressemble vienne à ma rencontre. C’est mon grand-père. Il m’a emporté avec lui comme un griffon garde un trésor, dans les hautes montagnes où il niche. C’est là où j’ai vécu heureux, enfant, avant, je me souviens, c’était il y a sept ans.
Je me revois ce matin-là, tout seul courant me perdre dans la forêt de châtaigniers qui jouxte la clairière :
Il neige, le soleil ne va pas m’éblouir aujourd’hui, le ciel est trop froid. À l’abri dans la grange isolée, je prépare mon matériel de pêche : une canne verte en bambou, un fil solide, un bouchon rouge, trois petits plombs et un hameçon tout neuf. Les vers de terre, je les ai piqués dans la ferme du voisin. Le long du chemin sinueux parsemé d’arbres qui me sépare de la rivière, le cœur battant au-devant de l’aube, je me mets à rêver.

Je laisse mes pas dans la neige jusqu’au courant d’eau. Dans ce coin, le fond paraît plus sombre, les poissons doivent s’y sentir protégés. Je balance ma ligne, tout excité, on va se battre, c’est la guerre. Malins, ils ne se jettent pas sur mon bouchon, mais s’amusent à le faire un peu bouger en donnant des coups de tête. Ils m’embêtent.
Miracle ! Le bouchon s’enfonce. Il coule et part du côté opposé. D’un coup sec, je ferre, le poisson se tortille, je tire de toutes mes forces, une magnifique truite arc-en-ciel apparaît. Réjoui, je regarde ma proie : Elle a l’œil frétillant, la robe aussi brillante que les reflets de la rivière. Je la décroche, elle sursaute dans la neige, la gueule en sang.
Enfin, j’y suis, je suis un homme ! Moi, petit Arthur, je suis comme les autres, les plus grands, ceux qui sont des hommes, des vrais. J’ai neuf ans et aujourd’hui je suis grand.
Alors la truite, finis de manger les petits poissons de passage, tu ne feras plus de remous. J’irai mettre tes arêtes en terre, tu nourriras les asticots, toi qui les croquais. Tu ne feras plus de mal à une mouche !
Je suis le grand Lancelot, le nettoyeur des squatters de rivière, le sauveur des vers. Un poète quoi !
Je relance. Plus rien ne bouge. Le vent glacé m’écorche les joues.
Le bouchon reste inerte.
Grand-père m’a dit que la truite vivait solitaire sur son territoire ; et si tu étais la dernière ?
Maintenant que tu n’es plus là, qui me fera rêver quand je repasserai par ici ? Personne.

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01 oct 2009

Les Lauréats 2008 lire le 3ème prix : Sandrine

Category: Concours 2008Pour vous servir @ 1 h 10 min

Rien d’exceptionnel dans ce jeudi 13 avril 1961 qui vit la naissance de Sandrine. Rien d’extraordinaire : elle n’était pas la première – Jacques et Adeline avaient déjà eu deux garçons et une fille – elle ne serait pas la dernière – la petite Juliette la suivrait de trois ans.
Son enfance fut, par suite, toute banale : une petite de la campagne qui pousse au grè des saisons, de cache-cache en parties de pêche, de collection d’images en secrets d’adolescente…
Ses parents laissaient grandir les enfants comme ils élevaient leurs vaches : les questions n’étaient pas de mise, pour Jacques surtout… Adeline le secondait, en bonne épouse, et arrondissait les angles : quand les aspirations des gamins risquaient de perturber le père, elle raisonnait, argumentait, menaçait au besoin, afin que sa progéniture revienne à des attitudes plus conformes. Bien sûr, ça ne fonctionnait pas toujours et il y eut bien des cris et des pleurs quand l’aîné refusa, d’abord, de se couper les cheveux, puis de faire son service, pour, finalement, partir en Inde avec un quatuor d’amis pouilleux… tandis que la troisième ne trouvait rien de mieux que de tomber enceinte.

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